Colloque / Séminaire


Colloque international "Théoriser en féministe. Philosophie, épistémologie, politique."

du 25 avril 2018 au 27 avril 2018

à l'Université Lyon 3, à l'IEP de Lyon et à l'ENS de Lyon - Co-organisé par Anaïs Choulet (S2HEP - Axe 3)

Du 25 au 27 avril 2018, se tiendra à l'Université Lyon 3, à l'IEP de Lyon et à l'ENS de Lyon le colloque international "Théoriser en féministe. Philosophie, épistémologie, politique."

Vous trouverez sur ce site le descriptif ainsi que le programme du colloque: https://theoriserenfeministe.wordpress.com/programme/

L'entrée est bien entendu libre, mais il est nécessaire de s'inscrire à cette page: https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSc4AlcUwv_IHBvJuV7rEgzqjXdLXr874yhwkkxXd_GK6sHixQ/viewform

Nous espérons vous voir nombreuses et nombreux pour assister et prendre part à cet événement!

Le comité d'organisation du colloque

Le féminisme, d’une part comme pensée critique, et d’autre part comme mouvement collectif visant une transformation sociale, semble pris dans une double tension dès lors qu’on cherche à déterminer son rapport à la théorie. Premièrement, la théorie renvoie à l’abstraction (au sens d’une opération qui isole et généralise), et cette dernière semble difficilement compatible avec l’ancrage du féminisme dans l’expérience ordinaire des femmes. Cette attention au quotidien, qui vise notamment à ne pas occulter les différences – entre femmes et hommes, entre femmes – apparaît précisément comme un frein à la « pulsion de généralité » qui a pour conséquence des universalisations abusives. Si la théorie procède par abstraction, ne risque-t-elle pas d’occulter les diverses manières dont le sexisme s’articule concrètement aux autres rapports d’oppression : hétéronormativité, cissexisme, racisme, validisme, classisme ? L’ancrage dans l’expérience permet de rendre visible et de valoriser des vécus et des savoirs concrets qui ont été niés et relégués dans la « cave ontologique » (Clark, 1976), au profit d’une « masculinité abstraite » (Hartsock, 1983 ; Smith, 1974) ou d’un « masculin neutre » (Mosconi, 1992). Deuxièmement, en tant qu’elle est d’ordre spéculatif, la théorie entre en tension avec la pratique militante et la visée transformatrice des conditions sociales de l’action qui caractérisent la lutte féministe. Un décalage, voire un divorce, pourrait ainsi advenir entre les « intellectuel·le·s » du féminisme (Delphy, 1981) – notamment à travers l’institutionnalisation des études de genre — et les militant·e·s « de terrain ».

Ces tensions, loin de constituer un obstacle définitif et de conduire à un rejet massif de la théorie par les féministes, ont au contraire été l’occasion d’une réflexion critique portant sur ce qu’il s’agit d’entendre par « théoriser ». Que cela soit à travers un travail de nomination et de (re)catégorisation pour enrichir les ressources épistémiques nécessaires à la compréhension de l’injustice de genre (Fricker, 2007), à travers une critique de la logique totalisante du « système » au profit d’une théorisation ouverte et exploratoire (Le Dœuff, 1989), ou encore à travers une reprise de la notion de praxis visant à revendiquer à la fois la vertu épistémique de la pratique et la nécessité d’un travail des idées pour nourrir une action efficace (hooks, 1984), la reconnaissance d’un nécessaire double ancrage empirique de la théorie féministe est en jeu. Le soin mis à rendre visible l’invisible et à entendre les voix différentes peut conduire à « perdre ses concepts [et à] retrouver l’expérience » (Laugier, 2010) mais également à évaluer la théorie au regard de ses conséquences pratiques et de ses effets émancipateurs.

L’objectif de ce colloque est d’explorer les spécificités de cette « impureté » (Varikas, 2006) du théoriser féministe, toujours en commerce avec son dehors, ainsi que ses manifestations au sein des modèles épistémologiques des différentes disciplines, en abordant plus particulièrement la philosophie et la science politique.
Publié le 16 avril 2018