Axe 2 : Savoirs, pratiques et vécus des acteurs/actrices du soin


« En fin de compte, soigner se rapproche d’une forme de bricolage : un montage ingénieux avec les corps, les technologies et les connaissances – aussi bien qu’avec les personnes » Annemarie Mol, Ce que soigner veut dire. Repenser le libre choix du patient. Paris, Presses des Mines, 2009, p. 36.

Il s’agit de sortir la réflexion sur le soin d’une confrontation duale entre des personnes (par exemple la relation médecin / patient), des actions (comme to cure / to care, traiter / soigner) ou des dimensions (comme technique / humain). Nous cherchons à comprendre le soin comme un ensemble d’activités impliquant différents acteurs à travers leurs corps, les lieux, les pratiques, les savoirs, les discours mobilisés, ainsi que les enjeux et les vécus. Les notions centrales sur lesquelles portent nos analyses sont celles d’autonomie, de choix, de prise de décision, de pouvoir d’agir et d’engagement des acteurs.



Agathe CAMUS
Penser ensemble santé et autonomie dans la décision médicale en médecine interne. Normativité, latitude de vie, pouvoir d’agir. Thèse en cours, sous la direction de Marie Gaille, CNRS/Université Paris 7 – Diderot.
La problématique de cette thèse est de penser la latitude de vie dans la décision médicale et la relation de soin. Elle s’appuie sur un travail d’analyse conceptuelle des notions de santé et d’autonomie et sur des observations de terrain menées dans un service de médecine interne.
La notion d’autonomie est devenue centrale dans le champ de la pratique médicale et joue désormais à la fois comme norme pour la décision et comme norme de soin. Le caractère composite du terme, qui peut référer tant au vivant humain qu’au sujet, en complique les usages. Cette thèse propose d’explorer le fondement conceptuel d’un lien entre santé et autonomie des individus, à partir du concept canguilhémien de normativité, en faisant l’hypothèse qu’émerge, dans la pensée de G. Canguilhem, un sens de l’autonomie dont l’originalité réside dans le fait qu’elle est pensée aussi du point de vue du vivant. Nous proposons de montrer que la notion de latitude des normes de la vie et du comportement, invoquée par Canguilhem pour caractériser la santé, peut s’étendre au-delà du champ de la normativité vitale et devenir l’indice d’une conception holiste de la santé dans laquelle il est possible de penser ensemble santé et autonomie.

Thématiques de recherche : intrication des notions de santé et d’autonomie dans les décisions médicales ; latitude de vie et pouvoir d’agir dans les situations de vieillissement / maladie chronique / handicap.

Ronald GUILLOUX
Problématique de recherche : pourquoi et comment certaines personnes agissent-elles autrement dans le domaine de la santé ? Par exemple, pourquoi les malades recourent-ils à d’autres soignants (ex : acupuncteur, herboriste, ostéopathe) que les professionnels de santé officiellement reconnus (ex : médecins, pharmaciens, kinésithérapeutes). Comment font-ils en pratique ? Sont-ils dans une exclusivité ou un pluralisme thérapeutique ? Au-delà de la maladie, nous appliquons cette question aux domaines du bien-être et de la naissance.
Douleurs et naissances : étude sociologique sur les accouchements dits « physiologiques » dans une maternité de niveau 1 : motivations, gestion de la douleur et relation de soin entre femmes et sages-femmes. Financements : fondation APICIL, Société Française d’Etude et de Traitement de la Douleur, S2HEP (Etude en cours).
Pourquoi certaines femmes se tournent vers d’autres façons d’accoucher en maternité, et non à domicile ? En l’absence de péridurale, comment les douleurs sont-elles gérées par les acteurs en présence pendant l’accouchement ? Comment vivent-elles l’accompagnement de l’équipe soignante, des sages-femmes en particulier ? Sur le terrain d’une maternité de niveau 1, nous avons observé des préparations à l’accouchement en hôpital et en libéral, et réalisé des entretiens longitudinaux avec des femmes (parfois accompagnées de leurs conjoints) et des sages-femmes. Cette étude déconstruit l’a priori selon lequel vouloir accoucher sans péridural signifie vouloir accoucher dans la douleur : pour les femmes rencontrées, l’accouchement ne se réduit pas à la douleur, mais s’ouvre comme une expérience de découverte de soi, multiple. De plus, cette étude montre que derrière les discours de choix et de liberté d’accoucher, les accouchements des personnes concernées ne sont pas des événements individuels isolés, mais des moments où la confiance, les gestes techniques et le langage corporel des acteurs en présence sont fondamentaux dans la réalisation du projet, quelle qu’en soit d’ailleurs l’issue.
Thématiques de recherche : discours et pratiques complémentaires et alternatives en santé

Alain MOREAU
Problématique de recherche : pourquoi et comment l’intervention des patients formateurs dans le curriculum universitaire permet d’améliorer la compétence approche centrée patient des étudiants en médecine ? (projet PACTEM)
Thématiques de recherche : approche centrée patient comme démarche clinique relationnelle délibérative favorisant un processus de décision partagée, une dynamique thérapeutique dans une approche globale biopsychosociale et l’« empouvoirement – autodétermination » du patient, capacités d’auto-soin du patient (patient-soignant).